Quels droits culturels aujourd’hui ?

Ethnographe indien, Arjun Appadurai étudie dans Après le colonialisme, Les conséquences culturelles de la globalisation le rapport entre la mondialisation, le colonialisme et l’émergence de nationalismes de plus en plus importants dans certaines régions du monde. Il souligne ainsi l’importance des droits culturels et appelle au dépassement des nations rigides et fermées.

 

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La fin de l’État-nation

Il est difficile de s’interroger sur l’évolution des phénomènes politiques contemporains sans s’interroger sur la globalisation. En effet, celle ci ébranle nos modes de pensée et notamment la manière dont nous envisageons l’État. Le 20ème siècle s’est caractérisé par l’extension et l’internationalisation du modèle étatique ; l’État semble avoir été l’unité de référence sur la scène internationale pendant presque tout un siècle. Cependant, certains auteurs le considèrent aujourd’hui comme dépassé. Les firmes transnationales, les Organisations Internationales (OI) et les Organisations Non Gouvernementales (ONG) font partie de la liste des acteurs qui remettraient en cause l’autorité de l’État. Les principaux attributs de la logique étatique – territorialité, souveraineté et sécurité – sont bouleversés par la prolifération d’acteurs transnationaux qui échappent à la souveraineté des États : flux démographiques et commerciaux, transferts d’idées et de valeurs, mobilité des références culturelles et religieuses.

Imagination et globalisation

Arjun Appadurai, dans Après le colonialisme : les conséquences culturelles de la globalisation, s’intéresse aux évolutions culturelles à l’échelle globale. Pour cela, il place les populations et les corps au centre du processus de dépassement de l’État. Ce sont les individus eux-mêmes, grâce au rôle nouveau de l’imagination, qui ébranlent les États-nations. Pour Appadurai, il existe une relation entre le travail de l’imagination et l’appropriation d’un univers politique post-national. En s’inspirant des travaux post-structuralistes de Benedict Anderson et de Clifford Geertz, Appadurai propose de se pencher sur ce qu’il appelle la subjectivité moderne, à savoir l’influence qu’ont désormais les médias et les déplacements de populations sur le travail de l’imagination.

Les constructions identitaires ont reposé jusqu’alors sur un jeu entre l’intérieur et l’extérieur. Cette dialectique a été complètement bouleversée par deux phénomènes caractéristiques de la globalisation : les migrations et les flux d’images. Pour Appadurai, cette situation modifie la vie matérielle des individus et donne un rôle fondamentalement nouveau à l’imagination, qui investit désormais les pratiques de la vie quotidienne. C’est parce qu’elle génère de nouveaux types de politiques et d’expressions collectives qu’il faut intégrer l’imagination dans l’analyse de la mondialisation. De manière plus générale, le citoyen passe de moins en moins par l’État pour pénétrer sur la scène internationale. Les moyens de diffusion de l’information de masse et la mobilisation transnationale ont mis fin au monopole de l’État-nation sur le projet de modernisation.

 

Dans sa volonté de contrôler, de classer et de surveiller, l’État nation a créé ou fracturé des identités ethniques qui étaient auparavant fluides ou naissantes.

Expliquer les aspirations identitaires

C’est ainsi que de nombreux mouvements culturalistes secouent les États aujourd’hui et tentent d’élever la politique identitaire au-delà de l’État-nation. Pour Appadurai, le culturalisme est la forme qu’adoptent les différences culturelles aujourd’hui : les Catalans, les Québécois, les Tibétains, les Kurdes ou encore les Kabyles prétendent tous à une identité qu’ils entendent gérer au-delà de leurs États d’appartenance, ce qui tend à transformer la nature des relations internationales. L’ironie, c’est que la création des sentiments primordiaux est très souvent proche du coeur du projet de l’État-nation moderne. Dans sa volonté de contrôler, de classer et de surveiller, l’État nation a créé ou fracturé des identités ethniques qui étaient auparavant fluides ou naissantes.

 

L’État-nation est certes dépassé, mais l’idée de nation est loin de toucher à sa fin. C’est un phénomène paradoxal qu’Appadurai restitue de manière pertinente : les populations se nourrissent de toutes les images qu’elles rencontrent et les ré-approprient, mais il ne faut pas oublier que l’État-nation a modelé une partie de leurs imaginations. Appadurai n’oublie jamais de rappeler que ces forces opposées peuvent certes êtres émancipatrices, mais qu’elles mènent également à la violence.

 

L’ouvrage d’Arjun Appadurai a le mérite de proposer une approche fine et originale des dynamiques engendrées par la mondialisation, contrant ainsi les approches développementalistes, comme celle de Lipset, qui réduisent la culture à l’histoire et à la religion, l’excluant ainsi de toute forme d’interaction avec la démocratie. En montrant que la tradition et la culture sont des ressources utilisées au sein d’un jeu politique en évolution constante, Appadurai recentre le débat autour la mondialisation sur le pouvoir des populations aux échelles micro et macro. Ce qu’il semble nous dire, c’est que le politique est par nature culturel.

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